SailGP. Billy Besson : “Première navigation en F50”

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Le circuit SailGP va débuter dans une semaine à Sydney. Durant 2 jours du 15 au 16 février, 6 nations vont s’affronter en F50, le foiler monotype imaginé par Russell Coutts sur la base de l’AC50 de la dernière édition de la Coupe de l’America. La France est représentée par Billy Besson accompagné de Marie Riou, Matthieu Vandame, Devan Le Bihan, Olivier Herledant, et en équipier de réserve Timothé Lapauw. Billy Besson nous raconte sa première navigation alors que l’équipe s’entraîne sur son bateau à Sydney.

Quelles sont tes impressions après cette première navigation ?
C’était vraiment génial. On a commencé à 12 nds et le vent est progressivement monté à 18-20 nds. Pour un premier jour, je t’avouerai que j’aurais préféré avoir moins, mais c’était super. Le bateau est extraordinaire et ne décroche jamais. C’était une première pour moi. C’est comme si tu avais le droit de monter dans une Formule 1 et qu’on te dise : vas-y, fonce ! C’est très technologique, très technique. Bref, tout ce que j’aime.

Vous êtes allés à quelle vitesse ?
Le bateau va à des vitesses incroyables.
J’étais tellement concentré à bord que je ne me suis pas rendu compte de nos pointes de vitesse, alors qu’on a dépassé plusieurs fois 40 nds. On a encore beaucoup à apprendre mais pour une première journée à bord, allez, à 40-43 nds c’était bien. On a tous battu notre record de vitesse sur l’eau. Au près, on était à 33 nds à 50° du vent. Le bateau est vraiment génial.

Comment se prépare-t-on pour barrer un F50 quand on navigue en Nacra 17 ?
J’ai eu la chance de pouvoir naviguer une journée avec le Team Japan aux côtés de Nathan Outteridge, qui a été très partageur. Il connaît très bien le bateau. Il faut essayer de se créer des repères à bord. À ces vitesses, ce n’est pas évident. L’équipe devait me rappeler de ne pas trop abattre. J’ai visionné beaucoup de vidéos de la Coupe pour voir ce que faisaient les barreurs, mais surtout où ils regardaient, pour me mettre des points de repère.

Tu as navigué sur d’autres supports à foils en dehors du Nacra ?
On s’est entraînés quatre jours en GC32 avec l’équipe, mais je n’en avais jamais fait non plus auparavant. Ce que j’ai accumulé comme expérience sur les petits ou gros bateaux qui volent – du Nacra, Flying Phantom comme le maxi-trimaran Banque Populaire IX – a fait que le F50 ne m’a pas paru insurmontable. On peut trouver des trucs et les transposer sur les gros bateaux.

Tu t’es entraîné également sur un simulateur ?
Toute l’équipe a passé une semaine à Londres pour s’entraîner sur le simulateur d’Artemis. Cela m’a demandé beaucoup d’énergie – j’ai même perdu 1 kg. Le fait de regarder un écran toute la journée et rester très concentré, c’était très dur. Mais il fallait que l’on donne tout ce qu’on pouvait dans ce court laps de temps pour pallier notre déficit d’expérience sur ce genre de bateau. L’équipe s’est relayée sur les trois places disponibles dans la nacelle. On a essayé de partager au maximum entre nous sur les étapes à dérouler sur le bateau, les bons réglages. On faisait semblant de passer de l’autre côté en 5S pour simuler les manœuvres. On a beaucoup à apprendre sur la technique à bord pour faire marcher cette Formule 1 à cinq. Il faut être très organisés.

Et par rapport à la réalité, il y a un écart...
L’écart est important quand il y a du vent : le bateau est bien plus stable que dans le simulateur. Mais dans le petit temps, c’est vraiment pareil. À 7-8 nds, on est tout de suite à 24-25 nds. On découvre aussi des forces dont on n’a pas l’habitude, comme les forces centrifuges.

L’énergie à bord pour faire fonctionner les systèmes n’est plus un problème ?
Le fait d’avoir beaucoup de batterie change nettement les choses par rapport à la version AC50. On peut enchaîner beaucoup de manœuvres sans avoir à surveiller la jauge en permanence. C’est limite si on ne l’a pas regardée pendant les 3 h 30 de navigation. Elle n’est jamais vide. Les wincheurs s’occupent des écoutes et on n’a pas vraiment besoin de recharger.

Quel est le rôle de Marie à bord ?
Elle a le rôle de tacticienne. C’est elle qui contrôle le flight avec un joystick pendant les manœuvres. Pendant que le barreur change de côté, elle s’occupe du flight controller à l’aide d’un joystick qui lui permet de gérer l’assiette du bateau. De mon côté, je règle en permanence l’incidence des foils. Pour ralentir, avec ce genre de bateau, il faut juste un peu poser la coque en s’aidant du rake de foil et cela se fait de manière assez safe.

La sécurité à bord est importante ?
C’est primordial. La ligue a mis en place une layline de sécurité où chaque équipier sera croché pour éviter les accidents. On est tous conscients du danger qu’il peut y avoir. On fait beaucoup d’exercices dessus.

Quand disposerez-vous de votre bateau ?
On va le récupérer à Sydney. On aura 15 jours avant la première course pour s’entraîner avec. Sur les autres évènements, on aura à chaque fois une semaine. Les bateaux vont très vite. J’ai hâte de voir les six bateaux de front au reaching arrivant sur la première bouée à 40-50 nds. Ça va être sympa !

Comment s’est fait le contact avec Russell Coutts ?
J’ai reçu un e-mail de sa part. Pour tous les « voileux », Russell Coutts, c’est le dieu de la voile. Quand j’ai reçu cet e-mail, je n’y ai pas cru. Je pensais que c’était une blague donc je n’ai pas répondu. Au deuxième e-mail, je me suis dit que c’était bizarre, et puis il y a sa secrétaire qui m’a appelé en me disant qu’il y avait Russell qui essayait de me joindre ! Ensuite, on a discuté du projet. C’est quelqu’un d’incroyable. Il a fait beaucoup dans la voile. Je trouve son idée vraiment au top. Il donne une chance à ce bateau en faisant des équipes nationales. C’est une vision assez futuriste de la voile. On va continuer à faire des bateaux volants qui vont à 100 km/h. Pour la jeune génération qui arrive, qui commencent déjà par les bateaux à foils, cela leur paraîtra plus naturel ; alors que nous, on aura connu la révolution de la voile technologique. C’est génial.

On dirait que Russell a voulu privilégier des profils venus de l’olympisme.
C’est une chance. Il faudra lui demander. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a toujours eu deux profils, la voile olympique et la voile professionnelle. Cela ne se mélange pas beaucoup. Avec ce projet, on trouve un bon débouché.

Comment est gérée la monotypie sur ce F50 ?
C’est le circuit qui organise et gère toute la logistique et la maintenance des bateaux. Les bateaux se veulent vraiment au maximum de la monotypie. Tout ce qui peut impacter la performance du bateau est géré par le circuit. On ne peut rien toucher. Les bateaux vont faire un circuit mondial, ensuite ils retourneront en Nouvelle-Zélande pour qu’ils soient checkés. Tout est organisé pour qu’il y ait le minimum de différences entre les bateaux. Le but est de performer uniquement avec l’équipage. On pourrait switcher les bateaux entre chaque équipe mais ils sont aux couleurs de chaque pays.

La finale se jouera à Marseille, j’imagine que tu es content ?
Terminer à Marseille, c’est génial. On est plus que ravis. On a hâte d’y être.

Sur le projet, tu recherches des partenaires ?
Le but, c’est de trouver des partenaires en 3 ans. Larry Ellison nous aide mais on veut être autosuffisants le plus rapidement possible pour rendre la pareille. Le budget est de 5 M€/an.

Tu continues également ta préparation olympique avec Marie ?
Oui. On continue la préparation olympique avec Marie. Il ne faut pas lâcher de ce côté-là. Le planning en 2019 va être serré. J’arrive à 300 jours de navigation.

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