Que faut-il penser du protocole de la prochaine America’s Cup ?

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Les règles de la 36è America’s Cup ont été dévoilées ce vendredi 29 septembre par Grant Dalton et Patrizio Bertelli. Que faut-il en penser ?

Le retour du Deed of Gift
On doit se féliciter d’abord que la Coupe revienne à ses origines après avoir « déviée » depuis la fin de la 32è édition en 2007. Cela a commencé avec Alinghi et Ernesto Bertelli, puis avec Oracle et Larry Ellison. Sous couvert de « moderniser » l’évènement, ils ont voulu enterrer le Deed of Gift et son esprit de challenge permanent entre nations. Le Defender pouvait courir avec les challengers, le challenger of Record disparaissait, la Coupe devait se transformer en championnat tous les 2 ans.
Cette vision de la Coupe n’aura été qu’un mirage pendant 10 ans et n’aura apportée finalement rien de bon : Sur 2 éditions, il y a eu peu de challengers. Les retombées médiatiques ont été bien en-deçà de 2004. On pourra juste mettre au crédit de Russel Coutts le travail fait sur le rendu télévisuel des courses même si cela était dans la continuité de ce qui se faisait à chaque édition avec à chaque fois son lot de nouveautés.
Dorénavant, le Defender reste de son côté et les challenger de l’autre. Charge au challenger of Record d’organiser ces sélections du meilleur challenger. Revenir à ce principe, ce n’était pas une question de modernité ou de tradition mais simplement, revenir à ce qu’a toujours été la Coupe depuis ses débuts et ce qui distingue cette compétition de toutes les autres depuis plus de 150 ans.

La Prada Cup
C’est officiel, Prada devient le sponsor titre des challengers Series et de la Coupe. Ce que Vuitton a mis 30 ans à faire, Prada a réussi à le faire d’un coup. La marque italienne associe son nom au Match et les challenger Series deviennent la Prada Cup. On peut s’en réjouir tout en restant peut-être prudent.
On peut s’en réjouir parce que depuis le décès d’Yves Carcelle en septembre 2014, patron emblématique de Louis Vuitton, la Coupe était orpheline d’un gardien de sa tradition. Personne chez Vuitton a su reprendre le flambeau d’une histoire pourtant incroyable entre une marque et un évènement. Patrizio Bertelli qui court après la Coupe depuis 17 ans est un vrai passionné de l’épreuve. On peut compter sur lui pour en défendre les règles et les principes mais il se retrouve dans une situation de juge et partie qui pourrait freiner les ardeurs d’autres défis. On le connait, ses colères sont légendaires. C’est lui qui avait claqué la porte de la dernière édition, abandonnant son rôle de Challenger of Record. A 71 ans, le patron de Prada fera tout pour gagner cette Coupe, c’est une évidence.

Un monocoque de 75 pieds
C’est le retour de la Coupe à grand spectacle et des bateaux légendaires. Depuis 2007, les passionnés de la Coupe se dont déchirés entre les tenants du monocoque et ceux du multicoque. Les débats ont été houleux sur la taille des bateaux : ceux de la Coupe devaient être les plus rapides, les plus grands. La Coupe porte dans ses gênes l’excellence. C’est l’excellence de son savoir-faire technologique mais aussi sportif qu’un pays vient montrer sur la Coupe. C’est aussi l’art de la régate à travers le match racing.
Les AC32 arrivaient au bout de leur vie avec plus de 100 class America construits pourtant le Match avait été magnifique, les Suisses emportant la dernière course d’une seconde devant les kiwis.
La rupture de la 33è avec des multicoques gigantesques a ouvert la voie aux ailes rigides puis aux foils. La voile avec la Coupe a fait un bon incroyable en peu de temps. Les AC72 étaient fascinants, les AC50 étaient incroyables mais on est allé trop loin, trop vite. Au tout technologique, au tout télévisuel, la Coupe y a perdu son âme. Les courses sont devenues robotisées, aseptisées, sans charme. Revenir au monocoque, ce n’est pas revenir aux années de plomb puisque les bateaux pourraient avoir des foils, ils seront certainement rapides et spectaculaires mais ils permettront surtout de revenir à l’essentiel, à l’art de la régate. Le choix du 75 pieds, c’est le choix du spectaculaire, de la démesure de la Coupe.

Le Calendrier
Comme toujours dans la Coupe, plus on part tôt, plus on a de chances de gagner. Le mercato est ouvert dans tous les domaines design, navigants, … Avec une publication de la jauge de l’AC36 au plus tard le 31 mars 2018, et 1 an plus tard la possibilité de le mettre à l’eau, le timing est extrêmement serré et délicat dans le choix du design dans la mesure où le lieu de la Coupe pourrait être connu au plus tard le 31 août 2018 soit en Nouvelle Zélande ou soit … en Italie. Ce n’est pas la même chose. Une chose est en revanche certaine, les Kiwis et les Italiens vont avoir une entre 6 et 8 mois d’avance sur les autres challengers qui souhaiteraient venir.

30th November 2017: AC75 Class concepts released to key stakeholders
1st January 2018: Entries for Challengers Open
31st March 2018: AC75 Class Rule published
30th June 2018: Entries for Challengers Close
31st August 2018: Location of the America’s Cup Match & The PRADA Cup confirmed
31st August 2018: Specific race course area confirmed
31st December 2018: Late entries Deadline
31st March 2019: Boat 1 can be launched
2nd half of 2019: 2 x America’s Cup World Series Preliminary Events
1st February 2020: Boat 2 can be launched
2020: 3 x America’s Cup World Series Preliminary Events
10th-20th December 2020: America’s Cup Christmas Race
January & February 2021: The PRADA Cup Challenger Selection Series
March 2021: The America’s Cup Match

Quel budget pour la prochaine Coupe ?

On va voir la réaction des autres challengers dans les jours qui viennent. Il est clair que le budget pour participer à la prochaine édition sera conséquent, certainement plus du double qu’aux Bermudes, voir le triple et à minima 70-90 millions d’euros.
Le protocole apporte des réponses pour chercher à diminuer les coûts.
– on renouvelle la météo commune pour toutes les équipes pour éviter la surenchère dans ce domaine.
– des éléments one-design seront intégrés dans la classe
– pour la première fois, on impose des restrictions sur les essais de carène et de soufflerie. Un choix étonnant
Pour le reste, construire deux monocoques de 75 pieds représente un coût considérable tout comme les frais liés aux ressources humaines avec 12 marins à bord x 2 et l’obligation de les faire résider dans le pays d’origine 380 jours sur 2 ans. Sans compte le coût logistique des 5 pré-régates en 2019 et 2020.

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