Interview Bertrand Méheut : « l’America’s Cup à San Francisco a été un succès télé »

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La Coupe de l’America a eu longtemps une image de sport de riche surtout en France où la voile rime plutôt avec course au large et aventure. Depuis 2004, c’est Canal Plus qui a racheté les droits de diffusion en France de l’America’s Cup et ce, depuis maintenant trois éditions. Bertrand Méheut qui depuis 2002 a été à la tête de la chaine cryptée nous livre son avis sur la voile à la télévision.


La Coupe de l’America était diffusée sur la chaîne Paris Première en 2002 lors de l’édition à Auckland. Vous avez souhaité acheter les droits de diffusion pour Canal Plus pour la 32ème édition à Valence, parce que vous étiez vous-même un passionné ?
Ce n’est pas un secret. Je suis assez voileux. Mais ce sont mes équipes qui ont mené le projet indépendamment. Cela correspondait à notre souhait d’offrir à nos abonnés des sports différents. La Coupe de l’America rentrait parfaitement dans nos critères. Et pour la première fois, elle allait se jouer en France avec un premier Louis Vuitton Act à Marseille.

Dans vos critères, l’audience était déterminante ?
Non ce n’est pas le principal critère pour une chaîne payante. Nous voulions offrir à nos abonnés des contenus plus segmentant. La voile est un sport segmentant au même titre que le Golf. Nos critères étaient plutôt de savoir si nous allions recruter de nouveaux abonnés et si cela allait augmenter la fidélité à la chaîne.

Combien cela représente en termes d’investissement ?
Pas grand-chose si on compare cela au football. Je ne peux pas vous donner les montants mais on est très loin des droits de diffusion de la Ligue 1 et encore plus de la Ligue des Champions. La voile s’adresse à un public bien particulier. Comme pour le Golf pour lequel on a créé d’ailleurs une chaîne dédiée. On diffusait sur Canal Sat une chaîne sur la voile mais les retombées n’étaient pas suffisantes donc on a décidé d’arrêter.

Comment voyez-vous la voile à la télévision ?
La voile à l’antenne c’est toujours un problème. Cela dépend des conditions météo. Je me souviens que pour Valence, il avait fallu attendre 3 heures le départ d’une course. L’autre aspect, c’est la compréhension du sport en lui-même. C’est compliqué. Prenez par exemple l’IRC, on ne comprend pas. La jauge permet de faire courir dans la même course des bateaux complètement différents mais à la télévision comment traiter cela en terme éditorial. Pourquoi un bateau qui est arrivé deuxième pourrait finalement terminer premier. C’est difficile à expliquer à la télévision. C’est un peu pareil dans la Course au Large où il y a des bateaux différents et de plusieurs générations. Seule, la dimension aventure rend télévisuelle ce type d’épreuve. Enfin techniquement, il faut être en mesure de capter l’instant. Je me souviens avoir suivi la voile aux Jeux Olympiques sur France Télévision. A l’époque il y avait Marc Bouet comme consultant. Faute d’avoir eu les bonnes images à l’antenne, il ne s’était pas aperçu que l’un de nos athlètes français était en train de gagner la médaille de bronze.

Est-ce qu’il y a eu un Avant et un Après Valence sur les coûts d’acquisition des droits de diffusion ?
Oui les droits télé pour la Coupe de l’America ont augmenté. En même temps, il y a eu depuis Valence un vrai travail pour rendre la voile plus télévisuelle. Des efforts ont été faits sur la Coupe  mais pas seulement. Sur les Jeux Olympiques par exemple l’introduction des Medal Race allait dans ce sens. Sur la Coupe, j’ai beaucoup échangé avec Russell Coutts qui porte une vraie vision sur ce sujet en plus de son talent sportif et d’organisateur. La Coupe avec deux bateaux est simple à comprendre mais les éliminatoires sont trop compliquées. La voile à la télévision nécessite une simplification et une clarification plus importante.

Est-ce à dire que la monotypie est finalement la solution ?
La difficulté c’est la multiplicité des bateaux. La monotypie, c’est plus clair, plus télévisuel. Personnellement, moi j’aurai été partisan de rester en monocoque sur la Coupe. C’était plus technique. Mais quand je vois ce qui a été fait à San Francisco, j’ai changé un peu d’avis. On a su toucher un public bien au-delà de la voile qui a été impressionné par ces bateaux et le rendu télévisuelle. On a eu des très bons retours.

Vous étiez partenaire d’Areva Challenge en 2004, le serez-vous avec Groupama Team France ?
On l’est d’une certaine manière en diffusant la Coupe mais on ne veut pas être sponsor.  Canal Plus en a fait l’expérience avec le PSG. C’est très difficile ensuite à gérer. Groupama Team France est un projet intéressant mais les ACWS sont compliqués à suivre. J’espère que l’équipe ira le plus loin possible.

Lors du premier ACWS, Canal Plus a déprogrammé le direct. Il n’était pas possible également de revoir les courses en replay en France. Depuis, Canal Plus a corrigé cela. Que s’est-il passé ?
La voile au sein de Canal Plus, c’est assez difficile. Elle pèse peu par rapport au football ou à d’autres sports. Il est difficile de la faire passer avant. Ce qui a expliqué la déprogrammation du direct du premier ACWS. Le potentiel voile en France si l’on prend le nombre de licenciés, c’est 200 000 personnes. A comparer au Canal Football Club qui attire 1,3 millions de spectateurs, on peut comprendre les choix de la chaîne tout en le regrettant. Mais c’est une bonne chose que l’on puisse revoir les courses à la demande.

Est-ce que l’on aurait pu imaginer le Vendée Globe sur Canal Plus ? On peut imaginer une audience plus large ?
On ne s’est jamais posé la question. Le Vendée Globe, c’est une épreuve de voile à part. Il y a un mélange de compétition et d’aventure. Je ne sais pas si c’est notre cible. En France, il y a beaucoup de courses. Trop peut-être. Il faut simplifier et accroitre la notoriété de certains évènements qui doivent ressortir. Tous ces rendez-vous manque de lisibilité: La Transat Jacques Vabre, The Transat, Transat AG2R, … Les spectateurs peuvent se sentir un peu perdus.

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