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dimanche 23 juin 2024

Visite d’Alinghi Red Bull Racing

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Ludovic Sorlot
Ludovic Sorlothttps://www.cuplegend.com
Rédacteur en chef du magazine CupLegend

Nous sommes allés passer deux jours à Barcelone pour rencontrer Alinghi, la toute première équipe installée dans la marina. Là, rien ne présage l’évènement qui aura lieu dans un an. Les bases sont encore en construction. Elles devraient toutes être prêtes cet été, sauf celle des Suisses qui ont fait le choix d’un bâtiment en dur avec de vrais murs, ce qui prend plus de temps. Ils seront les mieux placés, près de l’Aquarium, et devraient attirer du monde. À contrario des Français qui, arrivés tard, n’ont pas vraiment eu le choix pour l’emplacement.

À noter que l’organisation présentera une belle exposition sur la Coupe avec la collection de maquettes d’Olivier de Kersauson, comme ce fut le cas à Valence.

 

Des Suisses qui ont pris leurs marques

Installée dans les hangars de la FNOB, l’équipe suisse compte désormais plus de 100 personnes, et trois bateaux depuis juin avec l’arrivée de son deuxième AC40. Nous avons pu assister à l’entraînement de ce dernier dans des conditions idéales : une mer plate, avec une brise qui s’est levée en fin de séance. Le bateau, mouillé en face de l’hôtel W Barcelona, a pu voler de bout en bout sur le parcours. À son bord, les marins se sont relayés, y compris Ernesto Bertarelli qui est venu barrer. Nous n’aurons pas l’occasion de l’interviewer. Il ne souhaite pas prendre la parole dans les médias pour l’instant. En revanche, nous avons pu échanger avec beaucoup de membres de l’équipe, de différents départements : les navigants, le design team et les ingénieurs système.

Nicolas Charbonnier fait partie du groupe naviguant. Il nous en dit plus sur le plan d’eau et la vaste zone de course, qui s’étend sur 3 milles, déjà définie pour la Coupe. De l’hôtel W Barcelona jusqu’à Badalona, « de mai à juillet, les conditions sont fabuleuses. [il y] a un vent hyper régulier chaque jour et une mer assez lisse. » Ces conditions ne seront pas celles des Challenger Series ni de la Coupe, qui auront lieu de septembre à novembre. « En septembre le thermique sera de moins en moins fort et consistant. De plus, il y a généralement de la houle ou de la mer croisée. Ce n’est jamais pareil. » Ce sont ces conditions que l’équipe a éprouvées pour la première fois, l’année dernière, à bord de l’AC75.

Nicolas Charbonnier se confie sur l’AC40 : « Ces bateaux sont super sympas, très agréables à barrer. Le 40 est très léger, volant et réactif, alors que l’AC75 a des réactions plus lentes et plus lourdes, même s’il va plus vite. Ce ne sont pas du tout les mêmes bateaux en termes de sensations bien qu’ils reposent sur le même principe. Le 40 est un outil incroyable. Sorti de la boîte, tout fonctionne. On passe des heures sur l’eau avec. C’est moins le cas sur l’AC75 où il y a beaucoup de maintenance à faire.

Au sein du groupe, le principe est vraiment de faire en sorte que tout le monde progresse. Nous sommes trois barreurs, on navigue hyper souvent et on tourne pas mal. La politique de l’équipe est de faire beaucoup de rotations pour élever le niveau général. On pourrait sans doute faire mieux en performances en restant avec la même paire barreur-régleur, mais ce n’est pas l’option que l’on a prise. Plutôt que de faire monter très haut quatre personnes, on préfère faire monter tout le monde et apprendre davantage de nos échanges et des données que l’on collecte. On échange beaucoup avec Niels sur ce que l’on a ressenti, ainsi qu’avec l’équipe design. Ce qui se fait assez naturellement en étant sous le même toit depuis un an, et dans les mêmes bureaux. C’est un peu la culture Alinghi qui s’est développée avec les différentes Coupes. »

Pour transmettre cette culture, l’équipe peut compter sur Yves Detrey, 44 ans, qui est chez Alinghi depuis le début et entame sa cinquième campagne. Il fait partie du groupe « driving » : « Je fais le réglage des voiles et/ou des foils. En termes de chorégraphie, rien n’est décidé. Tous les jours, on essaie beaucoup de choses. Il serait assez logique qu’il y ait deux barreurs, comme à bord de Luna Rossa, mais il faut voir le design. Est-ce que c’est possible de passer d’un bord à l’autre en fonction des systèmes que l’on aura sur les voiles, les foils ? On verra. Quand il y a une deuxième version de bateaux, généralement ils commencent à se ressembler. Mais on risque aussi de voir des différences parce que les règles de jauge ont un peu changé. Il y a plus de choses autorisées, comme les cyclistes. Les AC75 sont compliqués ; cela demande énormément de personnes pour les faire fonctionner ; c’est un développement technique permanent. Ils ne sont pas comme les Class America, qui étaient robustes. Finalement, c’est un trimaran où on a enlevé tout ce qui ne servait à rien. C’est deux flotteurs avec une coque centrale, mais on a coupé tout devant et derrière. »

 

L’équipe navigante peut également utiliser le simulateur développé par la société InMotion du français Joseph Ozanne. Ce dernier a rejoint l’équipe dès la fin de la précédente Coupe, après une campagne chez American Magic : « Le ressenti des marins est très important et le simulateur est parfait pour faire le lien entre eux et l’équipe design. On ne peut pas tout modéliser. On a besoin de jugements, et il faut relativiser le simulateur par rapport à une situation réelle en régate. La vérité sur cette Coupe sera de faire le meilleur temps au tour. Une approche proche de la Formule 1. Le meilleur bateau sera celui qui fait le meilleur temps sur un tour complet, upwind et downwind. Les manœuvres auront beaucoup d’importance. Il y aura moins d’incertitudes concernant les AC75. Les équipes les connaissent et les nouveaux bateaux devraient être plus proches, permettant de revenir à plus de match racing. Ce qui est difficile sur cette Coupe, c’est qu’on n’a le droit de construire qu’un seul bateau et une seule paire de foils. C’est un one-shot. Il ne faut pas se tromper. »

Les équipes peuvent compter sur le programme Recon mis en place dans le protocole pour suivre en temps réel les avancées des autres équipes et ce qu’elles testent. « Cela enlève le stress de savoir quand les autres vont naviguer et où envoyer des personnes de notre équipe pour les observer. C’est une bonne chose », observe Arrabal, qui en est à sa cinquième campagne et qui est en charge de la coordination entre les navigants et l’équipe design : « J’étais sur les 31e et 32e editions de la Coupe avec l’équipe italienne Mascalzone Latino, la 33e avec Alinghi et la 36e avec American Magic. Je suis architecte naval de formation. J’ai commencé la Coupe comme navigant mais cela m’a toujours intéressé de faire de la coordination, de mettre ensemble les expertises, et de les mélanger pour livrer le projet, mettre à l’eau et faire la mise au point. Il faut savoir trouver les bons systèmes, les bonnes personnes, mais surtout prendre les bonnes décisions.

Les systèmes et les programmes sont clés aujourd’hui. C’est comme les nouvelles voitures, si l’électronique ne marche pas, la voiture ne roule pas. C’est la même chose sur nos bateaux. C’est un défi. Cela ouvre de nouvelles possibilités, de nouvelles solutions qu’il faut être capables d’imaginer et de concevoir. Cela rend tout plus intéressant. »

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