Invité à bord de l’AC45 de Groupama Team France

La régate d’entraînement est l’occasion pour les équipes d’accueillir un invité à bord. Les conditions sont strictes. Moins de 12 nœuds et un invité à bord de chaque bateau pour respecter l’équité.

Rendez-vous est fixé à la base à 11h pour un départ à 12h15 et le début de la course à 14h.
L’équipe est arrivée à Göteborg il y a deux jours et s’est entraînée la veille quelques heures dans des conditions particulièrement musclées. La base constituée d’une vaste tente identique à celle des autres équipes et ceinturée de containers est presque vide, le bateau étant amarré devant. J’arrive au moment où ceux qui vont partir sur l’eau achèvent leur repas.  Des plâtrées de pâtes pour tenir toute la journée. Les autres, en charge de la logistique s’affairent à d’autres tâches. Il y a également Bruno Dubois qui a rejoint l’équipe il y a un mois en discussion avec Bruno Luisetti l’un des autres team manager de l’équipe. Vient le moment de s’habiller. Les deux containers qui entourent la base servent l’un de bureau, l’autre de vestiaire. On en ressort habillé comme pour affronter le pôle nord mais avec une tenue plus légère et un casque sur la tête.
12h le tender fait quelques mètres dans le chenal et nous amène à bord. Sensation étrange que de monter à bord d’un AC45. Un bateau tellement vu en photo et en vidéo sous tous les angles mais qui, une fois à bord, semblerait presque différent. Plus large, plus haut, plus humain. Installé à la place de guest à l’arrière, on a une vue complète de la plateforme qui paraît beaucoup plus large. L’aile tient une place imposante et elle paraît immense  et puissante. Enfin plus humain, par l’ensemble de petits éléments propres à l’équipe comme des straps ou différentes marqueurs qui font de cet AC45, l’ancien bateau de Russell Coutts, celui de l’équipe de France avec sa petite touche personnelle.

12h15 : L’AC45 doit se libérer de sa bouée et rejoindre le plan d’eau située à 20mm. D’un coup la tension s’installe. Elle ne redescendra qu’une fois le bateau à nouveau amarré quelques heures plus tard. La manœuvre se fait avec précaution avec l’aide du tender en soutien. Le danger c’est l’aile et la casse qui peut survenir par la suite dans ce chenal étroit. L’amarre détachée par le numéro 1  Devan Lebihan, le bateau est pris en remorque par le tender. Franck est à la barre, Thierry Fouchier a un œil sur l’aile, Arnaud Psarofaghis le tacticien et Arnaud Jarlegan, régleur des voiles, peaufinent quelques réglages, et commencent à s’échauffer doucement.

12h35 : Arrivée sur zone, la brise est soutenue avec un vent de 15-16 nœuds quand on aperçoit à 800 mètres Artémis qui a chaviré. Heureusement très vite celui-ci est remis à l’endroit. Mais cela rajoute de la tension à bord qui s’accentue encore d’un cran quand l’AC45 est libéré de son remorqueur et vogue déjà rapidement avec son aile rigide. Dans la zone de course, avec ce vent, Franck décide de ne pas prendre de risque avec l’invité. La mort dans l’âme, je dois rejoindre le tender. Je suivrai à bord les deux courses d’entraînement aux côtés de Bertrand Pacé et Ben Wright. Mais toutes les équipes ont fait pareils. Trop risqué pour le guest de tomber à l’eau. L’espace à l’arrière est mince, il n’y a que 50cm de large et la longueur entre les deux flotteurs pour se maintenir à demi couché et un maigre bout auquel pouvoir s’accrocher.

Le départ est à 13h. Groupama enchaîne quelques runs et trouvent les bons réglages pour ses deux dérives sur les conseils de Bertrand Pacé et l’observation des autres bateaux. Oracle et Team Japan sont les plus hauts à voler, Groupama comme BAR choisissent d’être un petit peu plus bas.

13h Artémis a décidé de rentrer au port après avoir abimé légèrement son aile. Les kiwis sont également rentrés suite à un problème technique sur leur bout dehors. C’est donc avec 4 bateaux que vont s’entrainer les équipes.
Groupama terminera deux fois  à la 3ème place.

Alors que le vent a légèrement diminué, Franck me rappelle à bord et m’offre enfin le plaisir de voler à bord de l’AC45. Sur le long bord de portant qui ramène le bateau au port, l’équipe en profite pour enchaîner les empannages en foilant. C’est grisant. La vitesse est impressionnante comme de voir les foils vu-du dessus à fleur d’eau porter les 1 400 kgs du bateau. Le bateau se libère, les embruns deviennent des gifles de plus en plus violentes et les coups de barre rapides de Franck pour maintenir le bateau sur ses foils renforce le sentiment d’un numéro d’équilibriste lancé à pleine vitesse où le danger est maitrisé mais toujours présent. Les empannages s’enchaînent. Il faut trouver le bon timing pour se positionner du bon côté et quand le bateau redescend ce sont des paquets d’eau qui passent à travers et au-dessus du pont et qu’on se prend de face. A chaque manœuvre, à l’annonce du virement chacun est à son poste, le plus étonnant est la manière dont est gérée l’aile qui est poussé d’un coup sec par le bas par Thierry Fouchier en même temps qu’il rejoint le bord opposé en courant.
Après un peu moins d’une dizaine d’empannage, nous sommes déjà à l’entrée du port. Régater à bord d’un AC45 c’est vraiment très loin du catamaran de plage et naviguer dessus permet de mieux  comprendre que l’apprentissage de la bête nécessite du temps et une vigilance de tous les instants. Avec un peu de moins de 10 sorties sur l’eau en AC45F, l’équipe de Groupama progresse à son rythme et avec un niveau qui lui permet de rivaliser avec les autres équipes.

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2 COMMENTS

  1. Merci à vous pour ce compte-rendu dynamique et heureux de cette rencontre d’hier.
    Bien à vous et à bientôt.

  2. Superbe le commentaire. Cela donne l’intensité du niveau qu’il faut avoir pour diriger ce bateau! Bravo à l’équipe de Groupama de relever ce challenge

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