Sir Russell Coutts a répondu cette semaine, sur les réseaux sociaux, aux critiques visant le format de SailGP, après une nouvelle collision au cours de laquelle trois bateaux se sont à nouveau percutés à New York. Il a défendu les départs au reaching et critiqué des journalistes qui, selon lui, tenteraient de « détruire » SailGP au profit de la Coupe de l’America.
Le circuit SailGP est indéniablement une formidable réussite et fonctionne aujourd’hui très bien aux côtés de la Coupe de l’America. Mais il est clair que les accidents successifs posent un sérieux problème de sécurité. Jusqu’à maintenant, il n’y a heureusement eu aucun mort, mais on n’est pas passé loin, notamment lors du crash à Auckland entre le bateau néo-zélandais et le bateau français, qui a fait trois blessés, ou plus récemment lors de la collision entre trois bateaux sur l’Hudson, où le bout-dehors du bateau brésilien est passé tout près de la tête du barreur Phil Robertson.
On se souvient également des crashs d’ailes rigides en pleine course — trois au total —, du safran français qui s’est cassé et s’est envolé en plein bord de reaching, ainsi que de l’incident survenu à terre, à Sydney, lorsqu’un violent orage avait dévasté la tente technique.
Jusqu’à maintenant, Russell Coutts a eu beaucoup de chance. Ses équipes ont apporté des correctifs et des modifications, mais on a le sentiment qu’elles sont à la limite de ce qui devrait prévaloir en matière de sécurité, voire en deçà, face aux impératifs d’aligner rapidement un maximum d’équipes sur la ligne de départ, coûte que coûte. Le temps nécessaire pour réparer les bateaux ou remplacer les plus anciens montre qu’il existe un certain manque de ressources. En interne, l’organisation n’a cessé d’être remaniée.
Les critiques en ce sens sont justifiées. Très peu de marins parlent, même en off. Les équipes, officiellement, ne communiquent pas et assurent que tout va bien. Seules les personnes sorties du circuit osent s’exprimer.
Russel Coutts réponds
Sur le format, Russell Coutts a défendu, avec raison, le départ au reaching par rapport au départ au près. « On parle beaucoup du format de SailGP sur Internet, et je dois dire que la plupart des discussions sont mal informées et, malheureusement, peu réfléchies », écrit Coutts sur le compte officiel de SailGP. « Des départs au près ? Sérieusement ? Ça ne fonctionnerait pas en SailGP. Imaginez : la moitié de la flotte part tribord amures et l’autre moitié bâbord amures. On pourrait facilement imaginer des bateaux se chevauchant sur le départ bâbord amures, avec un bateau tribord amures en retard. Ce serait le chaos total. Le mieux est sans aucun doute que tous les bateaux partent du même bord, au reaching. De plus, si vous commenciez à remonter au vent, un groupe de bateaux atteindrait la limite du port presque simultanément, ce qui finirait par provoquer le chaos. Il est donc assez évident que, même avec cinq secondes de réflexion — ce que certains n’ont manifestement pas fait —, cela n’aurait pas fonctionné. »
Face aux risques de collision, Coutts a défendu l’idée d’augmenter la veille sur les bateaux : « En réalité, l’essentiel est que les équipes assurent une veille attentive, qu’elles sachent que les autres bateaux sont présents. C’est la principale cause de la collision à New York, et c’est l’une des règles fondamentales de la navigation, y compris les règles internationales de prévention des abordages en mer. Mais si vous participez à une course selon les règles de la compétition, vous êtes tenu de rester vigilant, et c’était là le véritable problème. Nous allons donc prendre des mesures pour nous assurer que les équipes resteront vigilantes à l’avenir. Nous mettons en place de nouvelles règles, comme l’obligation pour chaque équipe d’avoir un stratège à bord, même en cas d’équipage réduit ; une formation complémentaire sur les différentes situations pour les entraîneurs et les équipes ; et des options que la direction de course pourra utiliser en fonction de la géométrie du parcours et d’autres facteurs. »
Coutts explique ensuite que le format adopté par SailGP pour les départs de course est conçu pour plaire au public le plus large possible, afin de créer un spectacle compréhensible par des fans potentiels n’ayant aucune connaissance préalable de la voile. « En ce qui concerne le produit sportif, l’une des principales raisons pour lesquelles SailGP attire un public bien plus large que les seuls passionnés de voile est sa plus grande accessibilité. Dès le lancement de SailGP, nous avons mené des études d’engagement auprès du public à partir d’images réelles de courses. Dans ce cas précis, il s’agissait d’images d’une de nos courses à Chicago, et la compréhension de la course représente un obstacle majeur pour attirer de nouveaux fans. Plus c’est compréhensible, mieux c’est. Le premier bord de travers, le départ, la course à la première bouée de virage, c’est un moment palpitant de la course. Pas besoin d’être un passionné de voile pour le comprendre. Par contre, si le départ se fait au près et que les bateaux partent dans des directions opposées, je peux vous garantir que n’importe quel nouveau venu dans le monde du sport ou de la course, qui n’a jamais pratiqué la voile, sera complètement perdu. On observe le même phénomène dans d’autres disciplines. »
Russell Coutts a clairement raison sur ce point, et le travail réalisé par SailGP à cet égard est assez incroyable.
Coutts a également répondu aux critiques de Magnus Wheatley, sans le citer, lui qui travaille sur la Coupe de l’America : « Alors, au fond, de quoi s’agit-il avec toutes ces critiques ? De quelques journalistes, ou plutôt de prétendus journalistes, qui tentent de discréditer SailGP. Mais pourquoi ? Parce qu’ils pensent qu’en discréditant SailGP, ils vont améliorer leur produit phare : la Coupe de l’America. Or, la meilleure façon d’améliorer la Coupe de l’America, c’est de la perfectionner, de la corriger, de la rendre meilleure. Pour valoriser la Coupe de l’America, il ne faut pas dénigrer SailGP, et même s’ils essayaient, ils n’y parviendraient pas. SailGP est devenu bien trop important pour cela. Donc, de toute façon, leurs critiques sont vouées à l’échec… S’ils veulent être considérés comme des experts dans ce domaine, ils devraient approfondir leur réflexion. »

