Quel enjeu pour les ACWS ?

08/09/16 - Toulon (FRA) - 35th America's Cup Bermuda 2017 - Louis Vuitton America's Cup World Series Toulon - Open Sail Day -1

Dernières ACWS avec Portsmouth, Toulon et Fukuoka. Le vainqueur final des ACWS aura un avantage pour la suite. Quel est l’enjeu ? Pour certaines équipes, la priorité va être donnée au développement de leurs AC50 mis à l’eau cet été avec des coques d’AC45, avant de pouvoir naviguer en AC50 dès janvier. Dernière ligne droite dans la Coupe. Les dés sont presque jetés.

Les épreuves ACWS s’enchaînent
Après Portsmouth, Göteborg, les Bermudes en 2015, puis Oman, New York, Chicago, Portsmouth c’est maintenant Toulon qui accueille les AC45F avant-dernier rendez-vous avant Fukuoka en novembre. Pour l’instant, rien n’est donc encore joué au classement général, même s’il y a de fortes chances que le futur vainqueur de ces ACWS soit l’un des trois premiers actuels : Team New Zealand, Land Rover BAR ou Oracle Team USA. L’enjeu pour ces équipes : terminer 1re ou 2e des ACWS pour commencer les America’s Cup Qualifiers avec 1, voire 2 points d’avance au compteur.

Petit rappel sur le calendrier de la Coupe avec ses nouveautés, ses variations et ses subtilités
Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe, la notion d’America’s Cup Qualifiers est introduite. Tous les compétiteurs y participent avec leur nouveau bateau AC50. Ce qui veut dire tous les challengers, mais aussi le defender. Une hérésie quand on connaît l’histoire de la Coupe, mais passons là-dessus. Chaque équipe concourra deux fois et gagnera 1 point à chaque victoire. Le gagnant des ACWS commencera les Qualifiers avec 2 points d’avance, et le deuxième avec 1 point. À l’issue du classement des Qualifiers un challenger sera éliminé. Le challenger vainqueur aura l’avantage de choisir son adversaire en demi-finale. En juin 2015, une modification a été introduite dans le système de points de l’America’s Cup Match. Si l’un des compétiteurs présents a perdu aux Qualifiers, il partira avec -1 point. Cela peut donc être aussi bien le defender que le challenger. Sachant que pour gagner la Coupe, il faut être le premier à marquer 7 points. En résumé, le classement des ACWS impacte le classement des Qualifiers, qui impacte lui-même l’America’s Cup Match.

BAR futur vainqueur des ACWS ?
L’équipe anglaise est clairement pour nous la favorite pour remporter ces ACWS. BAR est impressionnant dans toutes les phases du jeu, que ce soit sur les départs ou par sa compréhension d’un plan d’eau. Mais le critère de performance le plus important dans cette Coupe est la maîtrise du vol. Ben Ainslie, à la barre de son AC45F, foile à la perfection. Un avantage important qui lui permet souvent de rattraper ses erreurs de placement et de revenir de « nulle part », comme le dit Bruno Dubois, le Team Manager de l’équipe française.
Avec le jeu des manches qui comptent double le dimanche, les Kiwis sont en tête des ACWS, après Chicago, avec 10 points d’avance sur BAR et Oracle. Mais en comptant toutes les manches depuis le début avec le même coefficient, ce sont en réalité 1 seul point qui sépare les Anglais des Kiwis et 3 points pour les Américains. BAR a profité de Portsmouth pour faire le plein de points à domicile. Il devrait être en bonne position à Toulon avec une équipe américaine qui sera sans Jimmy Spithill.

Après Toulon qui, on l’espère, offrira des conditions de vent idéales pour voir le maximum de courses, viendra Fukuoka. Dernière étape annoncée officiellement, la ville japonaise risque de présenter des conditions de vent plutôt faibles à cette période de l’année – le record depuis 2012 étant de 15 nds. Portsmouth était donc, pour les Anglais, l’ACWS le plus important pour faire le break sur la concurrence et prendre un avantage déterminant au classement général des ACWS face aux Kiwis et aux Américains. Toulon devrait leur permettre de confirmer pour arriver plus sereinement au Japon.

Team Japan en forte progression
L’autre fait marquant de ces six derniers mois est la progression importante de l’équipe « néo-japonaise ». Dean Barker avance à marche forcée. Habitué des projets America’s Cup, il a le timing dans la tête et sait tirer avantage de toutes les opportunités qui s’offrent à lui. Résultat, l’équipe est maintenant au niveau des Suédois, partis pourtant un an plus tôt. Elle dispose de sa base et s’entraîne avec Oracle, avec qui l’équipe échange régulièrement sur leur design. Les performances de leur prototype AC45T serait maintenant au niveau du T2 américain et suédois. Leur bateau était pourtant le premier prototype d’Oracle Racing, que les Japonais ont acheté et récupéré en décembre. Ils auraient visiblement réussi à le faire évoluer rapidement. En naviguant aux Bermudes sur leur AC45T, les Japonais sont parvenus à hisser leur niveau de jeu. Ils sont 5e au classement général des ACWS, mais en nombre de points hors coefficient, ils sont 4e, devant les Suédois. C’est l’équipe à surveiller et ce d’autant plus qu’ils ont réussi les premiers à enchainer un foiling tack sur leur nouvelle monture. Un avantage déterminant.

Les Kiwis chavirent
À Chicago, les Kiwis ont réalisé leur pire performance sur un ACWS, en terminant 4e. Un mauvais résultat qu’ils ont partagé avec Oracle, qui termine à la 5e place à l’issue des 4 courses du week-end. Est-ce le chavirage – sans gravité – des deux équipes tour à tour le vendredi qui a calmé leurs ardeurs ? Quoi qu’il en soit, les Kiwis n’y étaient pas à Chicago, avec des départs ratés qui ont plombé leurs manches à chaque fois. Pour les prochains actes, la participation aux JO de Blair Turke et Peter Burling a eu une incidence certaine. Quant à l’avancée de leur défi, les Kiwis montrent peu de choses et il est difficile de savoir où ils en sont, en dehors de l’AC45 racheté à Prada ou du déménagement de leur base à Auckland, dans une nouvelle base un peu plus loin. Les Néozed ne se sont pas encore installés aux Bermudes mais on mis leurs AC50 à l’eau en juillet.

Les Suédois plus réguliers
À Chicago, les Suédois ont montré une régularité qui leur faisait défaut depuis le début des ACWS. Les changements à bord, avec Luke Parkinson au réglage de l’aile et Ian Percy uniquement à la tactique, ont sans doute participé à leur victoire dans une manche et au général ; 4e au classement général des ACWS après Chicago, ils ont un peu décroché des Américains et des Anglais mais restent des concurrents sérieux. Leur programme est l’un des plus avancés et disposent déjà de deux AC45 prototypes avec lesquels ils naviguent et s’entraînent aux Bermudes.

Chicago a constitué le vrai test sur le niveau actuel de l’équipe navigante française
On attendait de voir l’AC45 tricolore dans des conditions plus ventées qu’à Oman ou New York. On aimerait écrire que l’équipe est au top et est parvenue à remonter quelques wagons du train, pour paraphraser Olivier de Kersauson. Mais nous sommes toujours bon derniers. La réalité malheureusement fait mal. Nous sommes encore loin du compte même si, bien sûr, l’équipe a progressé. Encore incapables de voler aussi proprement que les autres, les Français peuvent néanmoins prendre les meilleurs départs, les meilleures risées. Mais ils ne sont pas en mesure de s’imposer sur une course où ça foile vraiment. Le coach Bertrand Pacé fait le même constat : « La plus grosse difficulté que nous avons aujourd’hui est de réussir à avoir un vol stable. Nous n’y parvenons pas. À Chicago, il s’agissait de courses de vitesse pure ; dans cette configuration, il faut être rapide, régulier, et maîtriser parfaitement. Outre la pratique qu’il nous manque sur ce type de bateau, il y aussi des techniques que l’on se doit d’améliorer. » Franck Cammas ne dit pas autre chose : « Nous voyons clairement notre manque de technique dans les phases volantes et portantes. Dans les transitions, il nous est compliqué de ne pas poser les coques, alors que nos concurrents sont plus réguliers. Ces parcours sont tellement courts et les vitesses tellement élevées… Tout va très vite, le moindre manquement est sanctionné ! »

Pourquoi tout n’est pas perdu pour les Français !
Est-ce qu’il n’est pas déjà trop tard pour l’équipe française ? On le sait, la gestion du temps pour un défi dans la Coupe de l’America est essentielle. La question se pose au regard des programmes développés par les autres équipes, qui naviguent déjà toutes sur un, voire plusieurs AC45 prototypes depuis plus d’un an, quand les Français vont, eux, mettre à l’eau leur seul et unique bateau début juillet. La réponse est non. Il n’est pas encore trop tard, même si forcément il aurait été préférable d’en disposer d’un avant. Le protocole de la Coupe interdit de naviguer en AC50 150 jours avant le début des Challengers Series – soit fin décembre 2016. Pour contourner cette règle, les équipes ont développé des prototypes sur la base d’AC45, dont il reste juste à modifier les coques pour les changer en AC50. Une jauge qui a été publiée seulement en décembre 2015, après de nombreux amendements. Les prototypes qui naviguent donc actuellement ne sont pas encore tous parfaitement à la jauge actuelle. Artemis, Team Japan et les Néozed devraient également mettre à l’eau leur bateau ce mois-ci.
Dès ce mois de juillet, avec son AC45T, l’équipe française va enfin pouvoir s’entraîner sur le bateau avec lequel elle fera la Coupe. Il lui reste encore 9 mois pour le mettre au point et progresser en navigation, avant le début des Qualifiers le 26 mai 2017. Lors de la précédente édition, les Kiwis avaient sorti leur AC72 10 mois avant le début de la Louis Vuitton Cup. On peut considérer que Groupama Team France est encore dans un timing acceptable et que l’équipe va pouvoir rapidement progresser sur l’eau. Quand on regarde la participation des Français sur les précédentes éditions, ils n’étaient pas aussi bien placés. « Tout ce que nous apprenons en GC32 nous apporte beaucoup. Par rapport à l’an dernier, on a clairement haussé notre niveau de jeu. Mais pour “performer” en vol, il nous faut surtout naviguer sur des AC45. Et ce n’est pas avec un Grand Prix et 6 régates de 20 minutes de temps en temps que nous allons progresser ! Dès fin juillet, après Portsmouth, avec l’équipe, nous allons nous entraîner à bord de notre Class AC Test, un AC45 boosté que nous allons mettre à l’eau. Nous aurons ainsi un bel outil pour nous améliorer, dont la taille et les réactions seront très similaires aux AC45 Series », conclut Franck Cammas.
En termes de recherche et développement, forcément, les Français n’ont pas eu les mêmes moyens que les autres. Ils ont dû faire des choix et des impasses techniques sur des programmes de développement. C’est sans doute dans ce domaine que l’équipe de Franck Cammas aura des lacunes. Mais les AC45 ne sont pas des Class America de 25 tonnes où le millième de seconde gagné en développement vous faisait gagner une course. Les courses en AC50 seront intenses et courtes, avec des bords qui ne dépasseront pas 2 minutes. Les victoires se joueront donc pour une grande part sur les manœuvres, et à la force des bras pour alimenter l’hydraulique servant à l’asservissement des foils. Question force physique, les Français ont à bord l’un des meilleurs grinders avec Matthieu Vandame. Les recherches sur les appendices auront forcément un impact, mais c’est surtout le système d’asservissement des foils et la gestion de l’aile qui auront de l’importance pour contrôler le vol et permettre de perdre le moins de temps possible dans les enchaînements. Pour cela, l’équipe française peut compter sur sa design team composée de 15 personnes venues de Luna Rossa, avec dans ses bagages l’expérience des AC72 et de recherche et développement sur l’AC62. De plus, avec Franck Cammas, l’équipe dispose d’un skipper qui, de par son expérience et sa formation d’ingénieur, est à même de mettre au point le bateau. Reste que l’équipe devra non seulement apprendre à maîtriser parfaitement le vol, mais aussi s’entraîner au match racing. Un point faible de Franck Cammas par rapport aux autres skippers, et qu’il entend travailler avec Adam Minoprio.
Après un mois d’entraînement sur leur AC50, les français devraient être plus dans le match.

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