Interview Loïck Peyron :  » Chez Artemis Racing, je suis un agitateur de particules « 

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Membre éminent du Design Team d’Artemis Racing, Loïck Peyron fait le point sur le début de sa deuxième campagne chez le challenger suédois de la 35ème America’s Cup.

Quelles sont vos premières impressions des Bermudes ?
Loïck Peyron : ‘Je suis très agréablement surpris par cette île que je ne connaissais pas ou presque. J’y avais passé deux nuits au large il y a 30 ans – j’avais alors 23 ans – avec Mike Birch lorsque nous naviguions en double sur un petit catamaran de 50 pieds (même taille que ceux d’aujourd’hui) pour une transat aller retour non stop entre Lorient et les Bermudes’.
‘Les Bermudes sont un archipel étonnant, pas encore très facile à situer sur la carte – mais cela ne saurait tarder. Je pense que c’est un bon choix qui laisse encore quelques personnes perplexes mais pour peu de temps. Pour l’intérêt de la course, des équipes et du spectacle, la Coupe aux Bermudes s’annonce comme une édition passionnante. Nous avons reçu un accueil fantastique de la part des Bermudéens. Lorsqu’on a le choix entre le soutien de 0.1% de la population d’une grande ville et celui de 99% d’une île entière, la seconde option est plus appréciable au quotidien’.

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Quelles sont les spécificités du plan d’eau bermudéen ?
L.P. : ‘Le Great Sound est très étroit, très atypique et il nous oblige à beaucoup manœuvrer ce qui augmentera le suspens. Les fameuses zones de navigation qui existaient déjà dans les règles de courses précédentes s’imposent ici d’elles-mêmes naturellement. Le seul bémol, c’est que nous manquons un peu de champ libre pour s’élancer et tester notre vitesse pure. Mais cela nous force à rentrer de suite dans le vif du sujet et à enchaîner les manœuvres dans un vent très variable en force et direction – bien plus qu’à San Francisco. Cette 35ème édition s’annonce très dure nerveusement. Et c’est positif parce que contrairement à d’habitude, ces bateaux rapides naviguent avec de grands écarts entre eux, tandis qu’ici le jeu sera très serré et intense jusqu’à la ligne d’arrivée’.

Quelle est l’actualité d’Artemis Racing ici aux Bermudes ?
L.P. : ‘A Dockyard, nous avons mis en place une petite base a minima où nous ne reviendrons qu’en 2017 pour être aux côtés des autres équipes lors des Louis Vuitton America’s Cup Qualifiers, Playoffs et Match. Début 2016, nous nous installerons à Morgan’s Point (à 10km) où nous bénéficierons de tout l’espace nécessaire à nos trois catamarans.
En parallèle, nous gardons notre base à Alameda en Californie où notre design team est toujours installé. En janvier dernier, nous y avions été les premiers à mettre à l’eau notre AC45Turbo, qui offre des sensations géniales et que j’avais alors barré’.

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Comment pouvez-vous optimiser la nouvelle jauge des America’s Class ?
L.P. : ‘Les développements possibles se situent principalement au niveau des appendices – c’est la principale marge de manœuvre du design team qui est d’ailleurs composé de nombreux ingénieurs et architectes français. Donc on y concentre beaucoup de nos forces. Et bien sûr aussi au sein de l’équipage qui fera toute la différence ! Sans oublier que sur ces bateaux qui volent, les variations de vitesse sont extrêmes donc rien n’est joué jusqu’à l’arrivée. On se rapproche de l’aviation et du domaine aéronaval. Pour la symbolique, c’est la seconde fois que nous nous installons dans une ancienne base aéronavale, à Alameda (USA) puis ici à Morgan’s point.

Quel est votre programme de navigation ?
L.P. : ‘Notre programme de navigation dépend surtout de la présence de notre skipper Nathan Outteridge (AUS, 29 ans) et de Iain Jensen ‘Goobs’ (AUS, 27 ans) engagés sur le circuit des 49er. Nous en profitons alors pour effectuer des rotations dans l’équipage afin de pouvoir remplir 2 bateaux. Julien Cressant (FRA, 42 ans) – dont c’est également la 2ème campagne avec Artemis Racing – en fait partie. Chez Artemis Racing, je suis un agitateur de particules, j’apporte un œil neuf et du recul à l’équipe. Peu m’importe d’être sur la feuille de match, il faut savoir laisser la place aux jeunes’.

Comment s’annonce le début de cette 35ème édition ?
L.P. : ‘Pour les Louis Vuitton America’s Cup World Series, nous ne serons pas forcément les mieux armés car nous avons choisi de nous entraîner à bord des AC45Turbo qui ne seront pas utilisés. Ces étapes seront disputées en AC45 classique, juste équipés de petits foils et dont la structure reste inchangée. A bord des AC45Turbo, nous nous formons déjà aux futurs America’s Cup Class sur lesquels la finale se jouera.
Les AC45Turbo sont aussi beaucoup plus larges que les AC45 classiques. Sur un bateau qui foile c’est la largeur, le poids et la courbe de redressement qui déterminent la puissance. Preuve en est que nos vitesses en AC45T sont similaires à celles des AC72 d’il y a deux ans. C’est comme si vous preniez la même voiture avec un moteur identique mais avec des pneus de tailles différentes. On peut difficilement transmettre la puissance du moteur sur des petits pneumatiques comme le sont les AC45 avec leurs foils…
A ce jour, les britanniques de Ben Ainslie Racing qui naviguent en AC45 classique et à domicile depuis presque 2 ans apparaissent donc comme étant les favoris de la première étape du circuit, mais la compétition reste ouverte’.

Tribune libre…
L.P. : ‘J’espère vraiment que les Français de Groupama réussiront à boucler leur budget pour jusqu’en 2017. Je connais trop bien la problématique même si cette édition est désormais plus facile à vendre car les coûts sont réduits, le format est défini et les références sportives sont là’.

Interview réalisé aux Bermudes par Chloé Daycard
Photo @Artemis Racing

 

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