French Kiss 30 ans plus tard…

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© Didier Ravon

Comme le dit Serge Crasnianski, fondateur PDG de Kis (clés et photos minute), et sponsor du Challenge Kis France pour la Coupe de l’America 1987, « Il y a cet esprit French Kiss que l’on trouve nulle part ailleurs » On confirme ! À l’occasion du Nautic, l’équipe a dignement fêté les 30 ans du baptême de French Kiss sur l’esplanade du Trocadéro à Paris, par Karen Cheryl, la marraine… et qui pour la petite histoire avait été copieusement arrosée de champagne, la bouteille se brisant sur un garde-corps après avoir rebondi sur la coque en aluminium du 12 Mètre JI.

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Une aventure débutée en janvier 1985 à Sète
Petit rappel pour celles et ceux qui n’étaient pas encore nés en il y a trente ans. En attendant sa base Sète 12 spécialement construite pour l’occasion, le syndicat français débute sa campagne en janvier 1985, et partage trois conteneurs de 40 pieds. Il a acquis les 12 MJI américains Enterprise et surtout Freedom, vainqueur de la Cup à Newport en 1980 par 4 victoires à 1 face à Australia skippé par James Hardy. Dennis Conner à la barre du bateau américain et Tom Whidden (CEO de North Sails) à la tactique n’ont laissé aucune chance aux Australiens. Les Français se font les dents sur ces déjà vieux 12 MJI en aluminium et qui ne sont pas vraiment typés pour le vent d’est le clapot et le mistral… et qui ne sont guère étanches ! Puis dessiné par Philippe Briand, et construit par le chantier Alubat (qui produit alors les voiliers Ovni) dans un hangar de ferme tenu secret, au milieu des vaches à quelques kilomètres de la Roche-Sur-Yon en Vendée, French Kiss dispute le championnat du Monde à Fremantle (Australie) début 1986.

Un mondial prometteur, un Conner caustique !
Cinquième d’une épreuve remportée par Australia III barré par Colin Beashel (ancien régleur de grand-voile sur Australia II en 1983), le « Twelve » français dévoile son potentiel dans la brise, remportant deux manches dans un « Fremantle Doctor » (le nom du vent local ; ndlr) qui monte à près de 30 nœuds. Dennis Conner, présent sur place mais ne régatant pas, afin de ne rien montrer de Stars and Stripes (US 55), affirme lors d’une conférence de presse que « les Français ont de loin le meilleur bateau, mais ne le savent pas ». Si cette pique réjouit l’architecte Philippe Briand, surnommé alors « Mozart », elle motive l’équipage qui veut faire mentir celui qui est surnommé « Big Bad Dennis » ! L’équipe de retour à Sète s’entraîne dur à un seul bateau, multipliant les navigation à raison de huit heures quotidiennes et sept jours sur sept, afin de palier les carences de manœuvre entrevues au mondial. Contrairement à tous les syndicats qui achètent des voiles North, les Français décident de dessiner et fabriquer leurs voiles « made in France » en Kevlar 49 autour de Luc Gellusseau, le directeur du programme.

© Didier Ravon
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Demi-finaliste et 1er challenger européen
Quelques mois plus tard, le 12 MJI skippé par Marc Pajot se hisse en demi-finale de la Louis Vuitton Cup à Fremantle en compagnie de New Zealand (Chris Dickson) USA II (Tom Blackaller et Paul Cayard) et Stars and Stripes (Dennis Conner), futur vainqueur de la 26ème Coupe de l’America face à Kookaburra (Iain Murray). Il est le seul représentant européen du dernier carré. Jouant leur va-tout, les Français décident de couper le tableau arrière de French Kiss et installent un nouveau bulbe. Dans la forte brise des entraînements, le bateau gris semble intouchable… mais face aux Kiwis et leur 12 MJI en polyester (Plastic is fantastic est leur devise), le vent ne dépasse pas 15 nœuds, et Marc Pajot et ses hommes perdent leur pari, battus 4 à 1. La seule manche de brise a tourné à leur avantage, mais dans le médium, French Kiss manque de puissance… Cela reste malgré tout le meilleur résultat jamais obtenu par une équipe française compte-tenu du nombre de challengers (13), et c’est la dernière Coupe des 12 MJI présents depuis 1958.

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K13Seul Bertrand Pacé est encore dans la Coupe
Lors de cette soirée « d’anciens combattants », autour de Serge Crasnianski, venu spécialement de l’étranger où il vit aujourd’hui, une bonne partie de l’équipage s’est retrouvée, à commencer par la cellule arrière reconstituée (Marc Pajot, Marc Bouët, Bertrand Pacé), les régleurs de GV et génois (Yann Gouniot, Jean-Pierre Laville, Stéphane Poughon), les équipiers d’avant (Albert Jacobsoone, Bertrand Collignon, Gilles Mallet) ainsi que l’équipe technique (coachs, voilerie, informatique, winches…). Si la majorité navigue encadre toujours à haut niveau ou travaille dans le milieu de la régate, seul Bertrand Pacé (navigateur sur French Kiss) est aujourd’hui engagé dans la 35ème Coupe de l’America, en tant que directeur sportif de Groupama Team France. Le seul Français champion du monde de match racing (à La Rochelle en 1994) en est à sa sixième campagne en trente ans !

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Didier Ravon (*)

Photos © Didier Ravon

(*) Dans l’équipe navigante de French Kiss en charge notamment de la photogrammétrie des voiles (avec le Crain)

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